Ce blog est un assemblage de pensées, fruits de mes expériences et de mon vécu. On y trouve à la fois une part personnelle, sous forme de récit, et d'autres articles plus "hors du temps", à savoir réflexions, essais, poèmes, ou nouvelles... Peut-être que certaines choses sont un peu terre-à-terre, mais j'essaye ici de transmettre les sentiments de la façon la plus spontanée possible. L'objectif du blog est donc de partager quelques pensées "au naturel", probablement discutables, sans prétention, sur le malaise humain en général, mais aussi sur le bonheur, et enfin, des choses assez vastes telles que l'amitié, le mensonge, l'amour, la confiance, la tristesse, la nostalgie... Bonne lecture !

jeudi 28 mars 2013

La chute de l'histoire

Une nouvelle histoire courte... A préciser que ce n'est que fiction, bien entendu. Une extrapolation du vécu en fait, avec quatre-vingt-dix pour cent d'extrapolation et dix pour cent de vécu. Une amplification de ce qui aurait pu arriver si j'avais persisté dans la mauvaise direction à certaines périodes de ma vie. Mais j'insiste : ce ne sont ni des faits réels, ni un réel reflet de ma personnalité. C'est une pensée, un raisonnement, une morale...

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C'est une histoire que je n'ai pas plaisir à vous raconter. C'est une histoire qui ne devrait même pas l'être, parce qu'elle ternit toute mon image. C'est une histoire qui défie les clichés de la société, et vous savez bien à quel point ils sont plus fort que moi. Si ce n'est pas la société qui fait fausse route, c'est sans doute moi. Et c'est inconcevable de penser qu'une société entière fait fausse route, n'est-ce pas ? Ça ne peut être que moi...

Ça a commencé il y a quelques années, quand j'étais jeune et insouciant, que je pensais pouvoir révolutionner un système éducatif avec mes propres idées. Je pensais que mille autres avaient tort et que j'étais seul à avoir raison, tout porteur de concepts révolutionnaires que j'étais. Mon idée, c'était de casser la barrière traditionnelle qui place adolescents et adultes dans deux mondes différents. Folie, n'est-ce pas ? Mon idée, c'était qu'eux et nous marchent dans le même monde. Hérésie, hein ?

Ça ne me plaît pas de raconter cette histoire, mais qu'il en soit ainsi. Je venais tout juste de prendre mes fonctions dans un petit village dont j'ai préféré oublier le nom. Ça aurait pu être une année comme d'autres, si j'avais suivi les conseils qu'on m'avait donné. Etre passionné de la relation que peuvent nouer adultes et adolescents, c'était finalement un défaut plus qu'un atout pour ce métier. Comment ça ? "Relation", ce mot vous dérange ? C'est parce que vous êtes trop marqué des clichés de notre société. Le mot "relation" n'implique pas naturellement des rapports sexuels, je vous assure. Ni même de choses douteuses. Non, par "relation", j'entends "échange", j'entends éventuellement "amitié". Sommes-nous d'accord pour accepter d'un commun accord telle définition avant que je poursuive ? Ôtez-vous ces horreurs de théories pédophiles de l'esprit, ce n'est qu'une société véreuse qui vous les a inculquées. Ce ne sont que des clichés ignobles qui comme tant d'autres, empêchent tout un chacun de mener la vie qu'ils entendent, sans pour autant qu'elle ne se fasse au détriment d'autres personnes.

Cette définition étant acceptée, reprenons... C'était une année scolaire comme bien d'autres, avec des classes comme bien d'autres, peuplées tant de vauriens incapables que d'élèves studieux et... Attendez, quoi ? Encore une définition à préciser ? Oui, je parle bien de vauriens incapables. Vous parlez "d'élèves en difficulté" ? Leur difficulté, c'est simplement d'être trop idiots pour réaliser ce que représentent leurs actes ou plutôt leurs non-actes. D'être trop insolents pour réaliser à quel point il est anormal de mépriser et d'insulter ceux qui sont supposés leur apporter éducation et connaissances. Et nous devrions les considérer comme des "élèves en difficulté" ? Non, ceux dont vous parlez existent bel et bien, mais ils s'agit d'élèves impliqués ayant des difficultés de compréhension certaines. Il ne s'agit pas des vauriens incapables, qui eux aussi existent bel et bien, mais qu'on refuse d'appeler ainsi par pure hypocrisie. Pardon, je voulais dire "par pure tolérance". Alors j'utiliserai malgré tout ce terme peut-être cavalier, car non seulement je ne me soucie pas beaucoup des concepts de bienséance, mais j'apprécie même franchement de les défier.

N'en déplaise à notre système figé, sclérosé et borné, je n'étais pas réellement partisan de la théorie selon laquelle je devais motiver les vauriens incapables. Je n'étais pas du genre à gommer les différences, j'étais plutôt du genre à bonifier le bon et à ignorer l'ignorant. Si vous avez un vin prometteur et un vin qui va tourner au vinaigre, lequel mettrez-vous dans votre cave ? Le vinaigre ? Non. Alors vous êtes sans doute comme moi. Bien, cela ne peut que nous aider pour la suite de cette histoire.

Bien sûr, je réalise les excès de ma théorie, même si je n'en démords pas vraiment. En début d'année, j'avais cent élèves. Après quelques jours, j'en avais quatre-vingt dix, le temps d'ignorer les pires voyous. Au bout d'un temps, j'en avais cinquante, le temps de repérer les motivés, et de mettre de côté les insouciants.

Puis petit à petit, on me reprochait des choses, on me reprochait ma façon de faire. On me reprochait de ne me concentrer que sur les meilleurs. Ma théorie du vin et du vinaigre ne semblait pas suffisamment convaincante aux yeux de mes supérieurs, alors je souffrais de mille reproches, des fois davantage. Que fait-on lorsqu'on se sent attaqué ? On se révolte ? Il n'y avait pas de révolte possible, seul contre tout un système. Autre option ? On déprime. Je déprimais. Que fait-on lorsqu'on déprime ? On se réfugie vers le peu qui nous est cher, on se cherche des raisons de continuer, de peur de tout abandonner.

Mes raisons de continuer ? C'était de ne plus voir cinquante élèves, mais seulement dix. Les dix "adorables", les dix qui adorent leur enseignant parce qu'il est un peu marginal, un peu en dehors des clichés qu'eux-mêmes trouvent lassants. Les dix pour lesquels on se passionne, qui nous transmettent leur motivation et nous font aller de l'avant. Puis de dix, on passait à deux, puis à un. Pourquoi ? Parce que la relation adolescent-adulte est là, qu'on peut s'attacher à un comme on peut s'attacher à un meilleur ami. Qu'est-ce qui l'empêche ? Les idées reçues ? Je n'en avais aucune.

Evidemment, l'adolescent à qui on s'attache nous offre immédiatement retour. Parce que chez lui, les sentiments restent spontanés et naturels, pas comme chez les adultes qui doivent réfléchir avant d'aimer. Alors bien entendu, dès lors qu'une relation se forge avec un adolescent, tout est directement très fort, avec de réels coups de coeur, et... Quoi ? Encore ces théories pédophiles ? Mais arrêtez un instant et réfléchissez. Depuis quand le pédophile éprouve t-il des sentiments pour ses victimes ? Je vous parle bien d'amitié. Quelque chose l'empêche, à part les à-prioris ? Une amitié entre une personne de quinze ans et une de trente vous choque plus que des rapports sexuels entre une personne de trente ans et une de quarante-cinq ?

C'était un pari risqué. De quoi se mettre à dos nombre d'autres adolescents accusateurs, et nombre d'adultes suspicieux. Les premiers étaient probablement jaloux, les seconds probablement étroits d'esprit. Moi, je me sentais réaliste, et mon élève protégée. Nous parlions de tout, et à la croire, je lui apportais tout ce que l'école ne savait pas lui donner. Quoi donc ? De la culture, de l'ouverture d'esprit, du sens critique, des réalités sur la société et sur le monde qui nous entourait. Nous échangions beaucoup, toujours de manière très dissimulée, même si on n'est jamais assez invisible aux yeux des autres.

C'était un petit village de montagne. Alors parfois, nous partions marcher un peu sur les chemins, avec l'indispensable accord des parents qui de manière étonnante ne voyaient pas de manière malsaine notre relation. Il faut dire que cette fille, elle ne manquait pas de souligner tout ce que nos échanges apportaient en termes de... maturité, tout simplement. Et c'était difficile de ne pas le constater, un tel contact entre un adulte et un adolescent donne lieu à une prise de conscience accélérée, peut-être trop.

Alors nous grimpions un peu, de petit chemin en petit sommet, de pente douce en pente raide, de petit sommet en grand sommet, de pente sèche en pente verglacée. Tout ce temps, nous parlions, et j'avais l'impression, à force de transmettre mes valeurs d'adulte, de voir cet enfant, ou plutôt cet adolescent, se forger à grande vitesse, et de fil en aiguille, nos échanges n'en devenaient que plus riches. Etait-ce un désir malsain de ma part de me sentir influent sur quelqu'un ? Etait-ce mon plaisir de transmettre mes valeurs, de donner ce qui était une part de ma personne et qui me semblait bon et juste, de transmettre mon idéologie, ce que j'estimais être la bonne façon de penser, que tout adulte prétend détenir au moindre de ses mots, fort de son incapacité à se remettre en question ?

Petit à petit, nous étions tout l'un pour l'autre. Nous avions construit un univers à deux, dans la discrétion, dans la cachotterie et peut-être le mensonge. Et nous grimpions un peu, de grand sommet en sommet inaccessible, de pente verglacée en pente vertigineuse, jusqu'à la chute de cette histoire. Et lorsqu'elle a chuté, je me suis senti incapable, impuissant, responsable... Je me suis dit que c'était de ma faute si elle en était arrivée là, car elle était jeune et innocente, et que j'étais celui qui l'avait guidée, à travers cette relation, à travers mes idées et mes actes, vers cette mort certaine... Je me suis senti assassin. Alors j'ai chuté aussi, pour ne pas culpabiliser toute mon existence. Pour que personne n'ait rien à me reprocher, pour que personne ne mette le doigt sur l'irresponsabilité de mes actes.

La morale de cette histoire ? Tout le monde a tort. Moi, et vous. Parce que personne ne détient de vérité absolue. Nous faisons tous fausse route.

mercredi 27 mars 2013

Neutralité

Est-ce mieux d'être aimé par dix personnes et détesté par quatre-vingt-dix, ou est-ce mieux d'en laisser cent indifférentes ?

Réflexion qui m'est venue naturellement, sans trop y penser, juste par divers contextes et situations... Je constatais comme nombre de gens essayent de se montrer arrangeants en toutes circonstances, ou tout simplement le plus neutre possible, afin de ne choquer personne. Et en contrepartie, je trouve que cette neutralité rend fade. Elle gomme les traits de caractère, elle efface la personnalité. On n'est plus aimé, on n'est pas détesté non plus... on passe inaperçu. On ne reste pas dans les mémoires, on n'a aucune existence dans les souvenirs des autres.

Si on nous a donné nos caractères qui font notre unicité à chacun, n'est-ce pas justement pour en faire ressortir autant le bon que le mauvais, pour s'affirmer avec nos convictions et nos sentiments, avec tout ce qui nous tient à coeur ? Ça ne plaira pas à certains, c'est vrai... mais ça en marquera d'autres. On se fera des amis, des ennemis, mais au moins on restera dans les mémoires.

Ou alors, est-ce notre société qui nous force, sans le dire vraiment, à devenir neutre à la limite de l'insipide ? Est-ce encore une fois une norme du "politiquement correct" ? Heureusement que je ne le suis pas, alors.